Notre histoire

C’est en 1563 qu’a été fondée l’Église Réformée de Sedan. Après la venue de Guy de Brès (1562), le pasteur Fornelet a ouvert la longue liste des titulaires de ce poste.

Plus de 100 ans auparavant, en 1440, Evrard de la Marck avait acheté Sedan et fait construire le château-fort. Lui succédèrent Jean de la Marck, Robert Ier, Robert II, Robert III, Robert IV.

Henri-Robert et son épouse Françoise de Bourbon se convertissent en cette année 1563 et, en avance de 2 siècles sur leur temps, avaient interdit par ordonnance toute querelle religieuse et surtout défendu aux catholiques de faire des processions.

Leur succèdent leur fils Guillaume-Robert puis leur fille Charlotte, morte en couches en 1594, après son mariage avec Henri de la Tour, vicomte de Turenne, compagnon de Henri IV.

Le 1er mars 1562, le duc de Guise avait fait massacrer plus de 70 protestants sur le millier qui célébrait le culte dans une grange à Wassy (Haute-Marne).

Sitôt connue la conversion du couple princier sedanais, nombre de protestants dont beaucoup de pasteurs, gens de loi, artisans de renom, officiers, se réfugient dans la ville dont on doit remplacer l’enceinte fortifiée du XVème siècle par une nouvelle plus vaste et bastionnée. Ces réfugiés trouvent également asile dans les 21 villages de la principauté reconnue souveraine par le roi Henri II en 1547.

Sedan est située entre la Meuse et la principauté épiscopale de Liège qui eut comme princes-évêques plusieurs membres de la famille de la Marck.

Henri de la Tour, qui porte aussi le titre de duc de Bouillon, fonde en 1602 une académie protestante qui deviendra réputée dans l’Europe d’alors, puis en 1607 la première école militaire de langue française : « l’Académie des Exercices ».

Devenu veuf, Henri de la Tour se marie avec Elisabeth de Nassau, fille de Guillaume le Taciturne et filleule d’Elisabeth Ière d’Angleterre. Ils auront un fils Frédéric-Maurice qui devra céder Sedan à la France en 1642 pour sauver sa tête, après la conspiration de Cinq-Mars et Turenne.

En 1634, Frédéric-Maurice devenu catholique a fait venir à Sedan des capucins irlandais et la controverse s’engage alors avec le pasteur Dumoulin.

Le premier temple est établi dans l’Hôtel Dieu Mirbrych, hôpital désaffecté pour la circonstance. Mais étant donné le nombre de protestants (les Sedanais se convertissent aussi peu à peu), des cultes sont aussi célébrés dans les salles de jeu de paume, en particulier celui de Charles de Navières. Ce dernier était aussi capitaine de la Compagnie de la Jeunesse, poète et musicien auteur de cantiques huguenots. On utilise aussi pour les cultes le premier étage de la Halle, puis la vieille église catholique Saint Laurent, lorsque la Halle est réquisitionnée comme dépôt de munitions. C’est le simultanéum (partage d’un lieu de culte entre deux confessions).

En 1593, Henri de la Tour et Charlotte font démarrer la construction du grand temple de Sedan qui sera terminé vers 1600. Il est bâti selon le même plan que ceux de La Rochelle et Charenton. Charlotte a aussi fait construire l’église de Turenne en Limousin. La haute charpente est supportée par de grosses colonnes latérales supportant à mi-hauteur des tribunes. La chaire est située au centre. La famille princière a sa porte et sa tribune particulières, et le prince fera don d’un orgue. Quatre grandes baies diffusent la lumière. Un clocheton est muni d’une horloge et d’une cloche prise à l’église Saint Laurent, redevenue uniquement catholique.

En 1642, Sedan est devenue française et tous les corps constitués, donc prêtres et pasteurs, prêtent serment au jeune roi Louis XIV en 1644. Celui-ci, satisfait, publie l’Edit de Rueil qui laisse aux Sedanais et aux réformés toutes leurs franchises et libertés.

En 1685, ce sont les dragonnades et la révocation de l’édit de Nantes. Donné aux catholiques qui abandonneront peu à peu l’église Saint Laurent, le grand temple est transformé en église par l’architecte Robert de Cotte, avec la destruction des deux absides et leur remplacement par deux tours côté place d’armes. A l’arrière du temple, un immense chœur est aménagé sur l’emplacement d’une ancienne place. Avec le temple de Port-Laval, le temple de Sedan est à notre connaissance le seul en France qui n’ait pas été rasé à la révocation de l’édit de Nantes.

En 1668, le maréchal Fabert, premier gouverneur de Sedan pour le roi, fonde un couvent tenu par les Sœurs de la Propagation de la Foi. Fabert n’a jamais tourmenté les protestants, mais il a rétabli le catholicisme dans toute la plénitude de ses traditions. Après 1685, on enfermera dans ce couvent les femmes et les enfants huguenots récalcitrants pour les ramener à la foi catholique. Les cultes sont célébrés dans la forêt de Sedan.

Avant même l’édit de tolérance de 1787, cette tolérance est peu à peu revenue à Sedan et une Société Protestante de Bienfaisance s’est constituée, en particulier grâce aux grands manufacturiers du textile. Ces manufacturiers, également francs-maçons, avaient été anoblis par Louis XV malgré leur religion parce qu’ils lui avaient prêté de l’argent. Cette Société a acheté dans le faubourg du Fond de Givonne une maison de prière appelée Sion. Un cimetière entoure cette maison dotée d’un orgue acheté par la Société. Cette maison cessera d’être utilisée sous la Terreur après réquisition des bancs et les cultes seront repris plus tard dans une maison particulière sise rue des fours, près du bastion de la Marck.

En 1803, Portalis, alors ministre des cultes sous le Consulat, donne aux protestants de Sedan l’ancien couvent des Sœurs de la Propagation de la Foi, devenu gendarmerie après 1790. L’église du couvent devient temple et les autres bâtiments école et orphelinat sous le pasteur Fontbonne-Duvernet.

En 1841, on découvre sous une sacristie de l’église les cercueils en plomb de Henri de la Tour, décédé en 1623, et d’Elisabeth de Nassau, décédée au moment du rattachement à la France en septembre 1642. Les cercueils d’une de leurs filles et des neveux s’y trouvent aussi. Grâce à ce secret, les cercueils n’ont pas été fondus en balles pour les fusils révolutionnaires, comme l’ont été ceux de Fabert et de sa famille enterrés sous le couvent des capucins, et ceux des La Marck enterrés sous l’église Saint Laurent. Les corps sont transportés en grande cérémonie et inhumés sous le temple.

Après la guerre de 1870 arrive à Sedan une importante immigration d’Alsaciens et de Lorrains qui ont voulu rester Français. La paroisse protestante de Sedan avait alors comme ministre le pasteur Charles Goulden, marié à une demoiselle Heidsieck, du champagne du même nom. Il était détenteur par son épouse d’une grosse fortune.

Le temple était devenu trop petit pour accueillir anciens et nouveaux paroissiens, sa tour carrée munie de colonnes toriques et d’un abat-son menaçait ruine. Le pasteur Goulden achète un terrain sur une place neuve établie à l’emplacement des anciennes fortifications démolies après 1875, la place d’Alsace-Lorraine, et fait bâtir un temple neuf de style romano-byzantin, d’aspect plutôt luthérien car la chaire se trouve sur le côté droit à l’entrée du chœur. Des vitraux également de style byzantin représentent le Christ, les quatre évangélistes et l’apôtre Paul. Il y a une tribune d’orgue au dessus du narthex d’entrée et des tribunes latérales.

La nef centrale sous trois coupoles est séparée des bas-côtés par des colonnes latérales supportant les tribunes. A l’extérieur, le portail est abrité par un porche flanqué de doubles colonnes. La rosace qui le surmonte est protégée par un fronton ajouré. Le clocher à quatre lanterneaux est accolé à droite de l’édifice dédicacé en 1896. Un presbytère et une école à 3 classes sont adjoints au temple.

L’ancien temple servira encore pendant 34 ans, notamment pour des réunions et pour l’enseignement religieux. Il sera démoli en 1930, année où les corps des princes seront transférés dans le nouveau temple place d’Alsace-Lorraine avec la stèle et la table de communion en marbre blanc. Face au temple, sur la place, a été érigé le monument commémoratif de la guerre de 1870.

Le pasteur Goulden a aussi fait bâtir des petits temples à Illy et à Raucourt. Ils sont aujourd’hui désaffectés. Une chapelle existait aussi dans le parc de l’orphelinat protestant pour jeunes filles « La Famille » dans le quartier du Fond de Givonne.

Pendant la guerre de 1914-1918 et l’incendie de l’église du Fond de Givonne, la messe était dite dans cette chapelle en alternance avec le culte. Déjà l’œcuménisme. Dans la propriété mitoyenne de l’orphelinat se trouve la maison natale du cardinal Yves Congar.

Avant 1685, il y avait également des temples à Saint Menges, Francheval, Givonne et Raucourt, bien sûr rasés à cette époque.

Le temple de Sedan a coûté 1 million de francs-or au pasteur Goulden. En 1905, devenu propriété de la ville de Sedan, le pasteur Goulden l’a racheté à la ville pour un autre million de francs-or afin que l’édifice reste propriété de l’Association Cultuelle de l’Eglise Réformée de Sedan.

Jean-Jacques Dromby
Organiste du temple de Sedan