Liberté, contraintes et Écritures

Demandez à une personne quelconque sa définition de la liberté et elle vous dira quelque chose comme « C’est quand on peut faire ce qu’on veut. » Vraiment ? Et que faites-vous quand vous pouvez faire ce que vous voulez ? Je vous entend déjà répondre « Oh ! Tout un tas de choses ! » Mais si je vous demande de les énumérer, vous n’arriverez vraisemblablement pas à en citer plus de 2 ou 3. Un « tas » bien modeste, donc.

Songez maintenant aux plus grands artistes de tous les temps, qu’ils soient musiciens, peintres, sculpteurs, peu importe. Étaient-ils libres ? Pas vraiment d’après votre définition, puisqu’ils dépendaient pour leur survie et l’exercice de leur art de mécènes politiques ou religieux.

Comment donc pouvons nous-les considérer comme de grands artistes quand les thèmes de leur production leur étaient imposés, voire même jusqu’à certains détails d’exécution ? Et pourquoi leur production artistique a t-elle été si riche alors qu’ils n’étaient pas libres ?

Peut-être parce que ce que nous considérons comme des contraintes sont en réalité des mécanismes qui nous poussent vers notre véritable liberté : accueillir notre sensibilité propre pour décider de la manière dont nous l’utilisons pour participer à l’œuvre permanente de la Création.

Une contrainte est en effet une chose que nous ne pouvons changer. Dès lors, pourquoi nous en soucier ? Nous devenons ainsi pleinement disponibles pour consacrer toutes nos ressources personnelles à des œuvres auxquelles nous avons la capacité de contribuer. Dans l’univers de nos possibles, nous sommes entièrement libres, le monde devient jaillissement d’opportunités.

C’est ainsi que ces grands artistes sont passés à la postérité : c’est leur liberté qui nous est parvenue, c’est à dire le regard particulier, la sensibilité particulière qui leur a permis de faire de leurs contraintes des opportunités d’accomplissement personnel et artistique.

Or, chacun de nous naît avec la même liberté et elle est inaliénable. Même dans les camps de concentration, les déportés étaient libres de choisir sur quoi ils portaient leur regard, comme en témoigne Viktor Frankl, neurologue et psychiatre autrichien rescapé d’Auschwitz.

Pourquoi parler de tout ceci en relation avec les Écritures ?

Simplement parce que nous ne pouvons pas les changer, hormis sur des points mineurs (choix des manuscrits, choix de traduction). Si nous ne pouvons pas les changer, ce sont donc des contraintes.

Plutôt que d’y chercher des réponses toutes faites, universelles et éternelles, nous pouvons donc les utiliser comme aiguillons de notre réflexion et de notre créativité en exerçant notre liberté.

Si les Écritures sont des contraintes, nous sommes totalement libres de choisir le regard que nous portons sur elles. Nous pouvons parfaitement nous opposer à ce que nous lisons, y adhérer, ou y être indifférent, et notre regard peut évoluer dans le temps et au travers de nos échanges.

C’est cette liberté de regard qui permet la croissance spirituelle. La soumission aveugle aux Écritures nous enferme dans les affres et tourments de la superstition. La liberté nous permet de cheminer dans la foi – dès lors que nous définissons celle-ci comme la façon dont nous pensons notre monde et notre manière de nous y inscrire.

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