Les religions en question

Nous avons récemment reçu cette question d’une jeune femme et elle mérite qu’on s’y attarde :

« Ces derniers temps, et surtout depuis l’attentat Charlie Hebdo, je n’entend parler qu’en termes de religions… nous sommes dans un pays laïque et je n’entend parler des citoyens français qu’en termes de catholiques… quelle place pour les athées?.. ce n’est pas parce que qu’on ne croit en rien qu’on est rien!!!… je suis très choquée par ce discours étiqueté religieux… Français n’est pas catho…ou musulman ou protestant ou autre chose… c’est laïque non?.. inquiétant ce retour en arrière… »

Tout d’abord, il convient de préciser certains termes, car ils n’ont pas la même signification :

Le mot laïque désigne ce qui est indépendant des organisations religieuses. Dans un état laïque, comme la France, tu as les mêmes droits (et en particulier celui de vivre) quelles que soient tes croyances religieuses. Et même si tu n’en as pas, d’ailleurs. C’est plutôt cool, non ?

Le terme athée désigne lui un type de croyant particulier : celui qui croit que Dieu n’existe pas. Un athée est aussi convaincu de ses croyances que les personnes dites religieuses.

Enfin, le mot agnostique désigne quelqu’un pour qui la notion de Dieu n’a pas de pertinence. Un agnostique considère que Dieu peut exister, ou pas, qu’il n’en sait rien, et au fond s’en fout un peu.

Maintenant, pourquoi entend-on tant de discours religieux en ce moment ? Parce que beaucoup n’ont pas la conscience tranquille, tout simplement, et qu’ils essayent de profiter de l’occasion pour la soulager. Genre : « oui, mais chez nous c’est pas pareil, et pis d’abord, Dieu y dit pas ça, c’est même pas marqué dans notre bouquin. »

Ok, c’est gentil, mais toutes les institutions religieuses sont des réalités humaines et toutes ont du sang sur les mains. On n’a jamais autant tué qu’au nom d’un Dieu prétendument d’amour, et on continue à le faire de nos jours, il suffit d’écouter les informations pour s’en rendre compte.

On entend aussi des trucs du style : « oui, mais là, y a un problème de traduction, faut revenir au texte original en hébreu (ou grec, ou arabe, ou klingon, peu importe) ». Je ne sais pas comment tu prends ça, mais moi j’entend : « t’es un gros nul, tu lis même pas l’hébreu (ou le klingon) ». Sympa cette religion !

De toute façon, quelle que soit la langue, nos textes dits « sacrés » contiennent des histoires de meurtres, de viols, de génocides et autres « douceurs », toutes commises pour faire la volonté de Dieu, évidemment. Ce qui fait que celui qui cherche à justifier sa haine peut légitimement se prévaloir de ces textes à cette fin : comment pourrait-on lui reprocher, puisque c’est bel et bien écrit ?

Oui, mais voilà, ces textes ne contiennent pas que ça. A titre d’illustration, les évangiles racontent entre autres choses l’histoire d’un Dieu qui s’efface devant sa créature pour l’appeler à grandir, à s’accomplir en humanité, à révéler ce Créateur dont il est l’image.

Comme ces textes disent à la fois l’amour et la cruauté, ils posent de façon aiguë la question de notre responsabilité. Nous sommes libres de choisir comment nous les lisons et nous sommes donc responsables de notre choix.

C’est pour cette raison que lorsqu’on se dit croyant, la première question à se poser est : « en quel Dieu est-ce que je crois ? »

C’est aussi pour ça que celui qui imagine trouver des réponses dans un quelconque texte « sacré » ne croit pas en Dieu, il ne croit qu’en ses propres illusions. C’est triste, mais très répandu.

A celui qui les lit honnêtement, les textes « sacrés » ne font que poser des questions, une foule de questions. Et c’est bien là tout leur intérêt !

Car avant toute chose, la foi est questionnement et cheminement permanents.

Donc parler religion pour se justifier, c’est effectivement inquiétant ! Ça interroge sur la santé mentale de l’orateur, rien de moins.

Mais parler religion pour amener la réflexion, le cheminement, l’engagement et la responsabilité, ça ne peut qu’être bénéfique, ça ne peut qu’aider à vivre ensemble, parce que ces valeurs ne sont pas la propriété privée des religions, elles sont en l’humanité entière, quelle que soit la foi ou l’absence de foi.

Les religions doivent être prises pour ce qu’elles sont : des prétextes, des aides, des chemins possibles pour s’accomplir en humanité. Et dans une telle démarche, le « bon » chemin est toujours celui que chacun emprunte, quel qu’il soit.

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