Création, croissance, don et paraboles

A travers cette petite méditation sur Marc 4.26-34, je vous propose de prendre des libertés avec l’écriture, de sortir des sentiers battus, des interprétations classiques et raisonnables pour nous laisser aller à rêver, c’est à dire à laisser parler la part de divin qui est en nous plutôt que notre rationalité somme toute assez limitée.

Dans la parabole de la semence, il nous est par exemple possible de nous imaginer nous-mêmes semés dans le monde, nous y germons, devenons plantule, puis atteignons notre plein développement et portons du fruit, puis celui-ci mûrit lentement.

Qui nous a semés ? Nos parents, bien sûr, mais pas seulement. Eux-mêmes l’ont fait par un concours fortuit de circonstances : parce qu’ils croyaient qu’il était bon de vivre en couple et d’avoir des enfants, parce que leurs parents les ont eux-mêmes semés avant, etc.

Voilà pour la dimension biologique, cognitive et sociale, qui nous rappelle que nous nous inscrivons dans la continuité de l’évolution de l’humanité, qu’il y a eu un avant et qu’il y aura un après, et que nous ne sommes qu’un brin d’herbe dans l’immensité spatiale et temporelle de l’univers, ce qui invite à l’humilité, mais aussi nous apporte de la paix et de la confiance car nous sommes une partie d’un tout plus grand que nous.

Sur le plan spirituel, maintenant, il est clair que nous sommes semés en permanence. Toute chose qui démarre en nous une réflexion nous sème de nouveau et nous fait grandir, lentement, puis mûrir. Nous sommes semés toute notre vie et nous produisons du fruit toute notre vie, de multiples façons.

Lorsque le fruit est mûr vient la faucille car c’est le temps de la moisson. Ce qu’indique cette métaphore, c’est que tout ce processus de semis, de croissance et de maturation prend son sens dans le don du fruit au monde.

Le monde dans lequel nous vivons a été le sol dans lequel nous avons puisé notre nourriture pour grandir et le soleil qui nous a fait mûrir. Nous nous accomplissons lorsque nos fruits sont séparés de nous pour retourner au monde.

Tout ce processus exprime notre condition divine, à la foi dans sa dimension créatrice, lors de la phase de développement, et dans sa dimension aimante, lorsque nous nous révélons enfants de la grâce en donnant par amour notre fruit au monde, engendrant ainsi de nouvelles créations.

Un point de ce passage me semble également très important : « la semence germe et grandit sans qu’il sache comment. » Dit autrement, la Création est parfaite, nous pouvons lui faire confiance, nous reposer sur elle. Tout ce que nous avons à faire, c’est d’y participer en démarrant des choses et en les achevant. Pour le reste, nous pouvons la laisser travailler pour nous, avec nous, et nous réjouir des surprises et merveilles qu’elle nous offre.

Ainsi, la vie nous apporte des moments difficiles, mais elle porte aussi toujours en elle de belles choses. Notre souffrance nous conduit souvent à ne regarder que les choses désagréables, mais les choses agréables sont là quand même et nous avons la liberté de poser notre regard sur elles.

Le passage que nous venons de voir nous donne un moyen d’accéder à cette liberté : pour voir le beau, il suffit de se demander quels fruits nous pouvons offrir au monde. On prête à Rûmî cette parole : « La blessure est l’endroit par lequel la lumière entre en nous. » Elle nous rappelle qu’il est impossible de savoir si une chose est bonne ou mauvaise, chaque chose est une graine que nous pouvons faire grandir pour porter un fruit à offrir au monde. C’est notre liberté, et non un devoir.

Le passage concernant l’enseignement en paraboles est également très intéressant car il rejoint cette idée de germination, de croissance et de liberté.

Lorsque nous lisons les écritures, nous sommes libres de les laisser semer des idées en nous, quelles que soient ces idées. Il n’y a pas une unique bonne façon de lire les écritures, tout est justement parabole pour que nous puissions exprimer notre condition divine. C’est grâce à cela que les écritures peuvent être source de vie, en nous appelant à créer et à donner en toute liberté.

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